Quand pirates et capitalisme naviguaient sur le même navire

Posted by Anthony Poix on 18 mars 2012 in La Planète, Les Oubliés de ... |
 

2012, les pirates ne parcourent plus les mers mais surfent sur le Web. Pour autant, l’univers de Jack Sparrow et consorts continue de nous transporter dans un navire imaginaire à la recherche d’un trésor. Le couple argent et piraterie a souvent vogué ensemble que ce soit dans l’histoire ou la fiction. À tel point que ces bandits des mers pourraient être à l’origine du capitalisme…

Jack Sparrow

Jack Sparrow et les pirates oeuvraient-ils pour le capitalisme ?

« Tous les trésors ne sont pas tous d’or et d’argent », Jack Sparrow. La formule a de quoi faire sourire, elle reflète pourtant la réalité autant dans le passé que dans le présent, y compris dans la fiction. Néanmoins, lorsque l’on parle de trésor, l’image d’une montagne de pièces d’or nous vient directement à l’esprit. Des aventures rocambolesques et héroïques à la recherche de ces trésors, les pirates en ont fait leur fond de commerce. Et ce, dès le XVIe siècle…

Le système pirate, un exemple évident de société capitaliste

À l’abordage ! Pirates, bandits sans scrupules, individualistes… Et capitalistes ! Il suffit de fouiller dans les livres d’histoire pour se rendre compte de cet étrange mariage maritime. Il faut dire que la piraterie fût un système très lucratif. Au XVIe siècle, l’Angleterre dû faire face à l’opposition grandissante des pirates jusqu’à les chasser des mers. Et pour s’y faire, des lois qui feraient passer nos plans de rigueur pour des régimes de trois jours imposèrent maints sacrifices sous peine de se voir condamner à mort. Dans un article aiguisé, Sylvain Lapoix pour owni nous explique que la Royal Navy imposa un « diktat du capitaine imperator » dans l’enceinte du bateau « ne répondant qu’aux ordres des actionnaires de sa compagnie ». Pour contrer ce système, les pirates nommèrent un chef démocratiquement. Ainsi, les butins « étaient répartis en parts égales redistribuées selon une charte fixée dans chaque bateau : une par marin, une et quart ou une et demi pour les officiers subalternes et une et demi à deux pour le capitaine et le quartier-maître ». Le duel fit rage mais certains surent profiter des avantages de ces pilleurs aquatiques.

L’Angleterre tira profit des méthodes pirates

L’épée entre les dents, les pirates britanniques attaquaient régulièrement et efficacement les navires espagnols revenant du Nouveau Monde plein d’or. Ce qui donna une idée à certaines sociétés anonymes britanniques qui investirent de l’argent sur tel navire et tel chef pirate. L’Angleterre a également bien compris que le business était juteux. Le pays engagea alors des pirates pour attaquer les bateaux ennemis, notamment à l’époque d’Isabelle II. Mais, ces pirates n’en étaient pas. Car, en réalité, ils n’oeuvraient pas pour leur propre compte mais pour celui de Sa Majesté. On les appelait les corsaires. Et les pièces d’or tombaient à l’eau et dans les poches de tout le monde. La capitalisme maritime connut sa première heure de gloire et tout le monde y trouva son compte.

Francis Drake, le dragon des mers

Sir Francis Drake (1542-1596) pillait les navires espagnols pour le compte de la reine d'Angleterre.

Des pirates reconnus, on peut en dénombrer des centaines. Mais concentrons-nous sur deux personnalités hors du commun. À commencer par Francis Drake, le célèbre corsaire anglais. Né en 1542, il terrorisait les océans durant les années 1560-1570-1580. Surnommé « El Draque », il est connu pour avoir rendu bien des services à sa patrie en pillant les navires espagnols qui revenaient de leurs colonies en Amérique du Sud. Loin d’être un enfant de choeur, il a longtemps participé au marché des esclaves. À bord du Pélican, Francis le Dragon était devenu le pirate officiel d’Elisabeth II, cette dernière ne s’entendant que trop mal avec le roi Philippe II d’Espagne.

Bartholomew Roberts, le Baronet noir

Bartholomew Roberts (1682-1722), boucanier britannique, l'un des pirates les plus célèbres.

Bartholomew Roberts devint lui l’un des boucaniers les plus célèbres des années 1700 jusqu’à sa mort en1722. « Le Baronet Noir », comme on le surnomme, est connu pour avoir capturer des centaines de navires en seulement deux ans. Il fit même une razzia de vingt-deux bateaux en une seule et unique prise. Aux commandes de son navire Princess, il connut l’âge d’or des pirates des Caraïbes. Les vrais. Avec le Royal Rover, le Gallois coule navire sur navire, de toutes nationalités : anglaise, hollandaise, portugaise, française… Il se fait prendre à son propre piège en 1722 où un navire, l’Hirondelle, qu’il aurait confondu avec un navire marchand, le prend par surprise. Une volée de chaînes tirée d’un canon lui aurait alors brisé les os du cou.

Tous ont un point commun. Ils ont permis à leur pays mais aussi à des sociétés anonymes de considérablement s’enrichir jusqu’à l’essouflement de la piraterie ou plutôt de ce qu’on a appelé la « flibuste » avec les Etats qui s’éteignit quand les grandes puissances voulurent mettre un terme à cette hypocrisie marchande au XVIIIe siècle. C’est alors que serait vraiment apparue la piraterie dans les Antilles. En effet, les corsaires démobilisés avaient deux options: rentrer dans le rang et au pays; ou continuer le même métier en se mettant à leur propre compte, à leurs risques et périls. Avec cette deuxième voie, un nouvel âge de la piraterie débuta. Mais jusque là, sur les eaux des Caraïbes, d’Afrique ou d’Asie, les pirates se faisaient donc un plaisir de rendre au capitalisme ses lettres de noblesse.

La piraterie toujours à flots

Les pirates somaliens de la faim.

De nos jours, les pirates existent toujours. Mais ils font un peu moins rêver. En 2009, l’International Maritime Bureau, l’IMB, a compté quelques 153 navires attaqués et 406 incidents. C’est plus que les années précédentes. Les actes de pirateries se focalisent sur la zone du Nord Est de l’Afrique mais aussi dans l’Océan indien et sur les côtes de la Somalie. Cette fois, ce ne sont plus les trésors et l’argent qui poussent ces hommes à piller les bateaux qu’ils croisent, mais plutôt la faim.

Jack Sparrow a fait sauter la banque de Disney

Le capitalisme à la sauce Hollywood a trouvé un pirate à sa hauteur : Jack Sparrow. Véritable anti-héros des films Pirates des Caraïbes, ce personnage déjanté interprété par Johnny Depp a su redonner de la vie aux créations Disney pour sa première apparition dans Pirates des Caraïbes : la malédiction du Black Pearl. Dans un premier temps, Sparrow n’était pas censé détenir le rôle principal de la saga mais le jeu d’acteur de Depp aurait tout changé. À la recherche de trésors, de femmes puis de la fontaine de jouvence, Jack dû se confronter à son ennemi de toujours, Davy Jones. Dans la pure tradition des pirates qui cherchent à s’enrichir au prix de choix douteux ou qui feraient enrager les associations des Droits de l’Homme, Jack Sparrow n’en a pas moins fait tourner la machine Hollywood à plein régime. Selon le box-office mondial, comptez à peu près un milliard de dollars de recettes pour chacun des quatre volets de la saga, excepté pour le premier tome : Pirates des Caraïbes : la malédiction du Black Pearl, sorti en 2003, qui essuie un plus petit score de 654 millions de dollars de recettes, une somme néanmoins non négligeable pour la machine Disney.

La banque Goldman Sachs, un pirate moderne ?

Aujourd’hui, le capitalisme se heurte à une remise en cause en profondeur de son navire. Alors que la célèbre banque américaine Goldman Sachs s’est retrouvé cette semaine fragilisée par les accusations d’un ancien employé, c’est toute la bulle capitaliste qui tremble. Environnement malsain, techniques de commercialisation s’apparentant au vol ou obsession du profit, par ses dires Greg Smith a provoqué des remous au sein de son ancienne flotte. Car, de nos jours, la banque d’investissement, comme nombre de ses concurrents, semble l’établissement enfilant le mieux le costume de pirate moderne.

À ne pas oublier:

  1. L’Éditorial du dimanche: Le capitalisme accusé de piraterie

Mots-clefs :, , , , , , , , ,

1 Comment

Copyright © 2012-2013 Les Oubliés de l'Actu All rights reserved.
Desk Mess Mirrored version 1.9.1 theme from BuyNowShop.com.